A la fin du XVe siècle, la Provence est ravagée par les guerres, les épidémies et les brigandages. Les terres sont en friche et la plupart des villages du Luberon ruinés et désertés. 

Pour repeupler leurs terroirs et les remettre en valeur, les seigneurs font venir des colons des vallées vaudoises du Dauphiné et du Piémont.

Près de 6000 personnes s'installent dans la région du Luberon de 1490 à 1520. 

Ils arrivent par familles entières. Les seigneurs passent avec eux des contrats : les « actes d‘habitation ». Venus ensemble des villages vaudois alpins, ils se regroupent par lieu d’origine dans certains sites auxquels ils donnent souvent leur nom : une quarantaine de localités sur les versants Nord et Sud du Luberon, hameaux et bastides (grosses fermes à l‘écart des villages).

Ces Chrétiens, bien que dissidents, ne font pas parler d’eux: ils pratiquent au grand jour les rites catholiques tout en recevant chez eux l'enseignement des prédicateurs itinérants appelés « barbes ». 

La situation change à partir de 1531-1532 : François Ier inquiet des divisions religieuses et le pape, dont les terres sont voisines, ordonnent la poursuite des "mal sentants de la foi“ accusés "d‘hérésie vaudoise et luthérienne“. Entre 1532 et 1539, plus de 400 personnes sont poursuivies par l’inquisiteur Jean de Roma.

L'exécution d’un meunier, Colin Pellenc, et la confiscation de ses biens provoquent une réaction des Vaudois de Mérindol qui saccagent le moulin du Plan d’Apt, devenu bien royal.

Le 18 novembre 1540, le Parlement d'Aix prend un arrêt contre 22 habitants de Mérindol, les condamnant à être brûlés vifs.

Leurs biens seront confisqués et leurs familles expulsées, toutes les bastides et maisons de Mérindol devront être rasées. 

Après plusieurs atermoiements, pour raisons politiques, le roi ordonne seulement le 31 janvier 1545 l'exécution de l’arrêt pris contre Mérindol.

Par un arrêt du dimanche 12 avril 1545, le Parlement d'Aix décrète « la totale extirpation des dits vaudois
et luthériens ». 

Une opération militaire commence le lundi 13 avril au départ de Pertuis. Pendant que le premier président du Parlement de Provence, Meynier d'Oppède, intervient à Villelaure et Lourmarin, le « capitaine Polin » envahit les villages de la vallée d'Aigues. L'armée du légat pontifical investit de son côté Cabrières d'Avignon.

Tous les villages vaudois, abandonnés par leurs habitants sont mis à sac et brûlés.

Qu’ils soient vaudois ou catholiques, les quelques malheureux qui tombent aux mains des soldats sont impitoyablement massacrés. Des centaines d’hommes sont envoyés aux galères.

Bien que de nombreux vaudois aient trouvé refuge à Genève, la présence vaudoise a réussi à se maintenir dans le Luberon. La tourmente passée, ceux des vaudois y ayant survécu sont revenus et ont rebâti leurs villages.

Jusqu'en 1560 cependant, plus de 2.000 personnes furent inquiétées pour leur foi, les deux tiers d’entre eux étant des « pauvres de Lyon ».

Cette expédition punitive eut un retentissement négatif en Europe, en particulier auprès des princes allemands et des cantons suisses protestants. Il laissa un traumatisme indélébile dans la mémoire collective de la région. 

Arquebusade d'un jeune homme de Mérindol.

Les Vaudois en Luberon et Basse Provence

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